Retour sur la place Rouge

Moscou retouch 1

Ah… la belle place Rouge ! Avec sa fameuse basilique Sainte-Basile.
Pour vous donner envie d’aller l’admirer un jour, voici un petit extrait de La femme de l’ambassadeur :

« La Place rouge est belle et c’est tout. Rien à voir avec le marteau et la faucille, avec le sang versé sur les pavés, avec le ton des murs du musée historique d’état.
Krasnaïa plochad. Krasnaïa voulait dire beau et rouge. On aurait du retenir la première traduction, on a conservé la seconde. Tant pis. Ou tant mieux. Quand on ne la connaît pas, on imagine déjà ses nuances. Son nom annonce la couleur.
Elle sera passionnée, elle sera sanguine, elle sera puissante, elle sera du pays des grands, des trop grands, des puissants, des immenses tombés plus bas que terre. Elle sera lumière, flamboyante. Elle aura goût de cerise, elle piquera comme un piment. Elle sera enivrante comme le vin sombre, amanite et destructrice.
Elle sera romantique, pomme d’amour, luxure, émotion, feu et flamme.
Elle sera ambivalence, passion, action, destruction, oppression ou libération.
La basilique Sainte-Basile va briller, rire et dire juste à tous qu’elle est la plus belle, de toutes les couleurs, de toutes les audaces, de toutes les surprises.
Et l’éclat de la place, où tous les rêves virevoltent ou volent en éclat.
Sur cet ancien champ de foire, avant, il y a longtemps. Sur cette ancienne place du marché. Après qu’elle eut le nom de Pojar, l’incendie en russe, quand Moscou fut ravagée par les flammes en 1493. Avant Ivan le Terrible qui vint y confesser ses crimes en 1547, avant l’écartèlement du rebelle cosaque Stepan Razine en 1671, avant l’exécution des 2000 membres de la garde du tsar qui s’étaient mutinés contre Pierre le Grand en 1698.
On y fit lecture des oukazes du tsar, on y fit le pire, on y fera le meilleur. »

 

 

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« Le meilleur, c’est maintenant être là : sentir le froid des pierres, regarder les coupoles écorcher le ciel et les pas des hommes user les pavés. C’est voir l’espace, pas celui de la taïga, mais celui de l’immensité de la place grise au nom écarlate. C’est se camper devant la statue équestre du maréchal Joukov, voir l’aigle allemand sombrer sous les pas de l’étalon.
Mathilde est perdue devant les hauts talons de ces dames, devant les appareils photos qui saisissent l’insaisissable, devant la cohue qui s’agite devant les monuments en posant artificiellement. L’église de la Vierge de Kazan, rosée, reste discrète à côté de la frimeuse basilique Sainte-Basile.
Les yeux cernés de noir comme après un long voyage, Mathilde est émue et éblouie.
Et les murs de Kremlin et Lénine qui dort. Et les sourires et les pétales de neige qui fondent quand avril se réveille.
Quel bruit fait le rouge, fait l’histoire, fait le vent ?
Et les lèvres et la rose, et la vie, et le sang ?
Et Mathilde voit rouge. Elle est là comme si c’était la dernière fois. »

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