Malaisie. Prix Goncourt 1930.

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Malaisie, 2012, KA.

On parle beaucoup du dernier Goncourt. Rappelons-nous d’un plus ancien ! Le Goncourt 1930 a été attribué à Henri Fauconnier pour son roman Malaisie. Une très belle écriture, des ambiances, et une aventure humaine.

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Un magnifique roman qui fait voyager dans les plantations d’hévéas.

Extraits :

« Tu étais en pleine aventure – et déçu. Maintenant tu crois avoir épuisé la Malaisie. Quelle folie ! Nul pays ne déçoit, qu’on explore en profondeur. La satiété est une maladie de touriste. Il faut savoir tourner la page. Le monde, vois-tu, le moindre coin du monde, est un livre des Mille et une Nuits, et mille et une signifie qu’on ne s’arrêtera pas à mille, ni à cent mille… »

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Bornéo, Bako national park, 2012. KA.

« La tristesse de l’Europe n’est pas apparente pour qui ne l’a jamais quittée, disait Rolain, ou pour qui n’y est pas revenu après un long voyage. C’est une contrée où je ne pourrais plus vivre, une contrée inhumaine, car on n’y voit pas d’êtres humains, seulement des marionnettes. »

« L’intérêt de la vie est dans la lutte qu’on se livre ou croit livrer contre soi-même en faveur de soi-même. Se conquérir, se surpasser, ajouter à son poids des haltères pour sauter plus haut. »

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Ile de Tioman, Malaisie, 2012, KA.

« Il pleut beaucoup en Malaisie, mais on n’y connaît pas de jours maussades. La ciel exulte, on pleure à très chaudes larmes. Souvent, le soir, vers quatre heures, un voile noir bien tendu monte de l’horizon. Si tendu qu’en passant sur nos têtes il se déchire et s’effiloche. Alors on entend le vent venir, et la pluie traîne sur les plaines derrière lui comme un vent plus lourd qui gronde. »

Best-seller au pays des mousses

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Mousse dans les Cévennes. Juillet 2015

L’empreinte de toute chose est le dernier roman d’Elizabeth Gilbert (paru en 2014 pour la version française), plus connue pour son best-seller Mange, prie, aime. Un beau portrait de femme botaniste.

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Je voulais éviter de parler encore des auteurs de best-sellers américains qui vendent des millions d’exemplaires et qui n’ont pas besoin de plus de publicités.
Oh, et puis si ! Après tout, le succès a ses raisons que la raison connaît parfois.
On peut parler d’histoire des sciences et séduire les lecteurs.
J’ai lu Mange, prie, aime. Et j’ai aimé, comme des millions d’autres lectrices. La voyageuse peut s’identifier aisément : manger des glaces en Italie, (tenter de) méditer en Inde et faire de la bicyclette entre les rizières à Bali, le tout packagé dans une quête de soi et la rencontre d’un prince charmant brésilien… Bon, dis comme ça…

Mais ne revenons pas là-dessus. Je préfère m’attarder sur son dernier roman, moins égocentrique et qui montre l’étendue du talent de l’auteure. Elle sait être efficace, certes, mais elle est capable aussi de bien plus « lourd », dans le sens le plus noble du terme. Avec la biographie fictive d’une bryologue (botaniste spécialiste des mousses), nous avons le portait d’une femme de science originale, à travers une grande épopée historique, de Philadelphie à la Hollande, en passant par Tahiti. Un voyage dans l’histoire, dans le savoir, dans un style élégant, avec toujours un humour remarquable. On est vite emporté dans une grande fresque où Darwin pointera discrètement le bout de son nez. La science explique beaucoup de choses, mais beaucoup de choses restent inexpliquées. Spiritualité ne fait d’ailleurs pas forcément mauvais ménage avec elle.

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Sous-bois près du Mont Aigoual. Juillet 2015

Extrait :

« Les mondes d’Alma et de la mousse étaient étroitement imbriqués depuis toujours, l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. Mais l’un de ces mondes était bruyant, vaste et rapide, tandis que l’autre était silencieux, minuscule et lent – et seulement l’un de ces mondes semblait impossible à mesurer.
Alma plongea les doigts dans la fine couche de fourrure verte et éprouva un frisson de joie et d’impatience. Tout cela pouvait lui appartenir ! Aucun botaniste avant elle ne s’était consacré uniquement à l’étude de ce phylum sous-estimé, mais Alma en était capable…

Quand elle eut pris conscience de tout cela, Alma eut l’impression que son existence était à la fois plus vaste et beaucoup plus petite – mais d’une manière agréable. Le monde était descendu à l’échelle infime des possibilités. Sa vie pouvait être menée en généreuse miniature. Mieux encore, se rendit-elle compte, elle n’apprendrait jamais tout sur les mousses – car elle voyait déjà qu’il y avait beaucoup trop de cette chose dans le monde, il y en avait partout et de toutes sortes. Elle mourrait probablement très vieille sans avoir compris ne fût-ce que la moitié de ce qui se passait sur cet unique amas de rochers. Et bien, hourra ! »

Alors.. ca ne donne pas envie de se mettre à quatre pattes pour observer le monde de plus près ? !

Allez… encore quelques photos de mousses prises la semaine dernière dans le Tarn et les Cévennes :

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Bagages et lectures pour le Panama

IMGP8969 (1000x664)Je ne vais pas vous faire l’inventaire du contenu de ma valise, ce n’est guère très intéressant. Vous vous doutez qu’on y trouvera de l’antimoustique tropical, de la crème solaire indice 50, des chaussures de marche light, des tenues light et tout et tout…

Je dirais surtout qu’il faut choisir ses « compagnons » de route. Quelques livres  pour les attentes à l’aéroport et d’autres moments de repos. Les livres de poche d’occasion sont parfaits pour ça. Légers, usagers… on n’a pas peur de leur faire du mal pendant le voyage. Et on pourra même les laisser sur place ! On pourra les échanger, les donner, les abandonner. C’est triste ? Non, pas du tout. Je suis tombée dans une auberge en Malaisie sur un livre en français qui avait été lu à l’île de Pâques. Un livre qui avait beaucoup baroudé donc. On devrait toujours laisser des petits mots comme ça et laisser ensuite les livres voyager à leur tour, faire le tour du monde entre les mains sales de nouveaux lecteurs sur la route.

J’ai cherché de la lecture sur le Panama et je suis tombée sur Le tailleur de Panama, de John le Carré. Un roman d’espionnage dont un film a été tiré, avec Pierce Brosnan. Pourquoi pas. Il y a une histoire d’ambassadeur, tiens-donc, et de canal, bien sûr.

Dans un autre genre, étant donné que je vais me remetttre à l’espagnol, je vais me rattaquer à un petit livre provenant de Barcelone, l’histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler. Tout un programme.

Et puis surtout, je suis tombée sur le premier roman disparu de Pérec, un manuscrit perdu, le Condottière, le premier roman « abouti » qu’il parvint, dit-il, à écrire. C’est dix ans après la mort de l’écrivain, en 1982, que son traducteur en langue anglaise retrouve des doubles. Il sera publié au final en 2012 au Seuil, maison d’édition qui avait refusé le manuscrit envoyé par Pérec en 1957. Gallimard l’avait refusé aussi. Comme quoi… En tout cas, même avant d’en avoir lu la moindre ligne, voici un livre qui a déjà une sacrée histoire.

Ennuyeux, les récits de voyage ?

« De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages. » Je tombe par hasard sur ce petit ouvrage paru en 2005 aux éditions Cavatines, écrit par le journaliste Matthias Debureaux. Dans ce « manuel du parfait exploraseur », beaucoup se reconnaîtront. Beaucoup de « voyageurs », veux-je dire. Un petit livre hilarant et grinçant sur les baroudeurs des temps modernes qui se la racontent. Et qui racontent.
Le mieux est d’en donner quelques extraits :
– « Dénigrez les touristes. Fouettez la ‘bronzaille’. Martelez que vous préférez voyager ‘intelligent’… » « Ayez en mémoire une formule choc pour exprimer la différence entre le voyage et le tourisme : c’est comme faire l’amour et se faire une pute ».
– « Intégrez sans modération vos compagnons de voyage et abreuvez votre narration des petits déboires de Steph et Manu, Séb et Véro, Fred et Anne-So. Les diminutifs vont rendre vos compagnons instantanément familiers aux personnes qui ne les connaissent pas ».
– « Persillez votre récit de sérénité en donnant à voir des visages de vieilles femmes comme des parchemins, de vieux muletiers ou le dernier trappeur avec qui vous avez partagé de la viande crue gelée et de la vodka au petit déjeuner. »
– « Mettez en ligne votre journal de bord. Cela vous occupera pendant votre périple et permettra d’entamer les réjouissances bien avant votre retour […] Le blog de voyage, c’est la soirée diapo qui dure six mois. »
J’en passe, j’en passe…
Tout ça est un peu caricatural mais… tellement vrai !
Les grands débats affleurent : touriste ou voyageur ? Combien sont ceux qui ne peuvent s’empêcher de partir faire le tour du monde sans faire leur blog, raconter toutes les fois où ils ont « risqué » leur vie, se sont perdu ou ont fait de formidables et touchantes rencontres avec les autochtones…
C’est très drôle mais ça casse un peu la joie du baroudeur « heureux qui comme Ulysse… » ( qui devient « chiant qui comme Ulysse… »). C’est vrai, pas toujours facile de raconter ses aventures…
Et que faire pour sortir de l’ordinaire ?
Et bien… rire !

Lecture Argentine. Crimes et jardins…

Comme les jardins recèlent de mystères… Les jardins, fonds du dernier roman de Pablo de Santis, Crimes et jardins.

Jardins secrets. Ruines et mythes. Du jardin botanique au jardin d’Eden, le jardin est source de fantasmes, d’intrigues et de meurtres. Dans l’atmosphère des rues de Buenos Aires, à la fin du XIXe siècle, l’auteur nous emmène dans un univers étrange, où l’on rencontre une galerie de personnages : antiquaire, médecin, chasseur, poète… Une étrange société, des amateurs de jardins… Pas de jardinage ! Non, le jardin symbole, la philosophie du jardin.. De la noyade à l’homme dévoré par ses chiens, le sang coule et les roses éclosent… Le jardin argentin est peut-être aussi extraordinaire.

Extrait : « La pensée scientifique progresse dans tous les domaines, mais c’est aussi le cas de l’occultisme. A chaque nouvelle découverte correspond une nouvelle idée extravagante. Il ne serait pas étonnant que ceux qui conçoivent rationnellement les espaces naturels finissent par être supplantés par les philosophes des jardins, les partisans de l’Atlantide, tous ceux qui veulent que la nature reproduise, avec racines et épines, l’obscurité de leurs esprits.  »

Crimes et jardins (Crímenes y jardines), traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, mars 2014, 272 pages Edition: Métailié
Crimes et jardins (Crímenes y jardines), traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, mars 2014, 272 pages
Edition: Métailié

Lecture de Russie : ces âmes mortes qui nous font bien rire.

Pour commencer à parler littérature, débutons avec du lourd. Un petit clin d’oeil à l’un des plus grands, des plus beaux, des plus illllluuustre auteur russe. Et non, désolée Léon (Tolstoï), je ne pensais pas à toi. Et puis… « beau », je ne sais pas. Avec sa petite moustache et sa raie sur le côté… Bref, j’avais envie de faire un petit clin d’oeil à ce génie qui m’a gentiment accompagné lors de longues heures de train sur la voie du transsibérien, et avec lequel il est tout à fait impossible de s’ennuyer : Nicolas Gogol ! Contrairement à ce que laisse présager le titre, Les âmes mortes, c’est vraiment très drôle. Un portrait décapant de la société russe, et de la médiocrité humaine en général. L’histoire d’un obscur petit escroc qui vadrouille à travers la campagne pour aller « racheter » des âmes… Intrigant et trépidant. Un grand classique., paru en 1842. A mourir de rire.

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